Efficacité des masques en tissu

Face à la pénurie de masques FFP2, entreprises et particuliers se lancent dans la confection d’alternatives. Les masques en tissu pourraient permettre d’équiper rapidement les Français en vue du déconfinement progressif annoncé pour le 11 mai. Leur efficacité fait pourtant débat.

Article réalisé par Emilie Chesné, Un Masque Pour Tous.

Masques en tissu : une barrière efficace contre le coronavirus

Tandis que la France réfléchit à généraliser le port du masque en vue du déconfinement prévu le 11 mai, d’autres pays ont déjà franchi ce cap. En Europe, la Slovaquie, la Slovénie, la République Tchèque, l’Autriche, et récemment la Pologne, obligent leurs citoyens à porter un masque. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne rejette pas l’idée de couvrir les voies respiratoires pour éviter la projection du Covid-19 dans notre environnement. Elle a toutefois souligné l’importance de dédier les masques FFP2 et les masques chirurgicaux, qui font l’objet de pénuries, aux « personnels en première ligne »

Une barrière approuvée

Impossible, à court ou moyen terme, d’espérer équiper toute la population française avec des masques de protection. En attendant que le gouvernement soit en capacité d’en fournir à grande échelle, les tutoriels et les initiatives se multiplient pour en fabriquer à la maison. Certaines entreprises ont redirigé leur production vers la fabrication de protections alternatives. Parmis ces dispositifs, le masque en tissu semble prometteur. C’est le cas de l’entreprise Chantelle, qui a laissé tomber quelque temps la lingerie pour les masques en tissu. Elle en produit chaque semaine 500 000, afin de pouvoir les distribuer à la population pendant le déconfinement. Ces masques ont été testés et validés par la Direction Générale de l’Armement et fabriqués à partir du cahier des charges délivré par l’Association française de normalisation (Afnor). Sur son site l’association a mis à disposition, le 20 mars, un modèle de masque en tissu, dit « barrière », référencé le 29 mars 2020 par une note interministérielle. Le modèle est téléchargeable gratuitement afin que les entreprises et les particuliers puissent fabriquer rapidement des masques en tissu qui soient les plus efficaces possibles. 

Une efficacité sous conditions

Sur son site internet, l’Afnor explique que « le masque barrière apporte néanmoins une réelle protection pour les salariés, les agents publics et toute la population saine qui pourra s’en équiper » et souligne qu’il intervient « en complément des gestes barrières ». L’efficacité du masque en tissu dépend de sa conception, mais aussi de sa bonne utilisation et de sa diffusion. 

Pour lutter au mieux contre la propagation du virus, le masque en tissu doit être accompagné d’un lavage régulier des mains et des mesures de distanciation sociale. Il est aussi nécessaire de respecter quelques consignes lorsqu’on utilise un masque. Le tissu capte les particules afin d’éviter qu’elles atteignent les voies orales, il est donc important de ne pas toucher le masque pendant son utilisation et de le retirer en attrapant plutôt les élastiques qui le maintiennent. Il est important de laver son masque entre chaque utilisation pour éliminer les particules qui se sont déposées sur lui. 

Image : Le Parisien, Source : montissumasque.fr 

Pour optimiser l’efficacité du masque en tissu, le pneumologue Bertrand Dautzenberg a expliqué à France Info, vendredi 17 avril, que « si tout le monde porte un masque en tissu, alors ce sera aussi efficace que de porter un masque FFP2 ». En effet, le tissu ne permet pas d’atteindre le même filtrage qu’un masque FFP2 ou qu’un masque chirurgical. Ceux-ci sont capables de faire barrière à plus de 90 % des particules, c’est pour cela qu’ils sont utilisés par les personnes en contact direct avec le virus. Pour un usage non sanitaire, un masque en tissu est efficace s’il est suffisamment porté. Si deux personnes discutent et que l’une d’entre elles seulement porte un masque en tissu, il  ne protègera que de 70 % des gouttelettes issues des postillons. Si les deux personnes qui discutent portent un masque en tissu, alors l’efficacité des masques se combine pour atteindre un filtrage d’environ 90 %. Lorsque les barrières sont multipliées, le virus ne peut plus autant circuler. Le masque en tissu réutilisable peut être fabriqué rapidement et facilement, permettant d’équiper tous les Français et de démultiplier son efficacité.

Une étude récente (Infect Dis Modelling (23/04) Niveau de preuve Modéré : To mask or not to mask: Modeling the potential for face mask use by the general public to curtail the COVID-19 pandemic (Eikenberry S et al)) suggère que le port de masque grand public (50% de filtration) en population générale aurait un effet très important pour réduire la transmission dans la population et la mortalité (baisse de 17% à 58%). Les bénéfices en population sont encore plus important quand d'autres mesures de protections sont respectées (distanciation sociale) et quand l'adoption est quasi-universelle.

 

Il semble donc être une solution complémentaire indispensable pour envisager un déconfinement en sécurité.

Les Questions

On parle de test de filtration à 3 microns (0,003 mm)

mais le virus mesure moins de 0,1 micron : je ne comprend pas !

 

Le niveau de filtration dans AFNOR Spec mentionne des tests avec des particules de taille allant jusqu’à 3µm, ce qui supérieur à la taille du virus du Covid-19. Le masque est-il donc vraiment efficace ?

Le virus est véhiculé dans des micro-gouttelettes, de tailles largement supérieures à celle du virus lui-même, c’est pourquoi le masque assure bien une capacité de rétention relative, en complément des gestes barrières.

On parle ici alors de transmission gouttellette ! 

Comment savoir si le masque barrière est performant ? Le test de la flamme ?

Le test de la flamme sur laquelle on souffle à travers le masque ne donne aucune indication sur l’efficacité de filtration du masque. Il permet néanmoins d’avoir une idée de son étanchéité et donc de la respirabilité. Si la flamme ne bouge pas du tout, le masque sera vraisemblablement difficile à supporter dans des situations de la vie courante.

Comment sont testés les masques ?

Introduction : 

 

Il est rappelé que la mise sur le marché de masques « grand public » ne fait pas l’objet d’une autorisation, ni d’une  homologation. Avant toute mise sur le marché, ces masques doivent faire l’objet, sous la responsabilité de leur fabricant ou de leur importateur, de tests réalisés par des laboratoires compétents, comme celui de la Direction générale de l’armement (DGA) visant à démontrer leurs capacités de filtration et de respirabilité.

Les organismes pouvant tester : 

Les essais des masques, y compris les lavages, doivent être réalisés par un tiers compétent. De telles capacités de tests sont recensées :

  • à la direction générale de l’armement (DGA) ;

  • à l’Institut français du textile et de l’habillement (IFTH)  ;

  • au sein du laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE).

  • l’AITEX

  • le SGS

  • Eurofins

En résumé : 

Pour mener ces évaluations, les experts de DGA Maîtrise NRBC réalisent deux types de tests. Il s’agit d’abord d’évaluer les matériaux, leur perméabilité à l’air et l’efficacité de filtration selon la taille des particules (de l’ordre du micron), puis de mesurer le niveau de protection des masques. La DGA apporte un conseil aux entreprises avec des préconisations d’améliorations éventuelles du design ou de l’ergonomie du masque. Les entreprises restent responsables du choix de la mise en production et de la mise sur le marché de leurs produits. Pour les masques lavables, la DGA n'étant pas compétente pour effectuer les lavages en amont des tests, c'est donc l'IFTH qui procède aux 5, 10, 30, ou 50 lavages sur les masques qui feront ensuite des allers-retours entre les établissements.

Les différentes étapes plus en détail : 

1 - Test visuel : Les prototypes de masques sont apposés sur un visage de mannequin. Ce n’est pas une étape éliminatoire mais se traduit par une recommandation sur le rapport final renvoyé à chaque entreprise. Puis on les photographie dans un objectif de traçabilité, c’est le référencement.

2 - Test de perméabilité : plus un masque est perméable, plus il est respirable. Un morceau de masque est apposé sur une machine qui crée une certaine dépression. On compare les données obtenues à un standard. 

3 - Test de filtration (à savoir : 1 micron = 0,001 mm) : on insère un bout du masque sur un porte-échantillon, un autre support est sans tissu. Un aérosol (à base de poudre de maïs) imite la “transmission gouttelette” en passant par un mini-tunnel et étant expulsé sur le masque. On compare ensuite avec la partie sans tissu. Si la filtration de particule de 3 microns est supérieure à 90%, on peut parler de masque barrière de catégorie 1, si on est entre 70% et 90% on parle de catégorie 2.

4 - La DGA envoie un rapport final à chaque entreprise, comprenant soit des recommandations pour améliorer telle ou telle caractéristique, soit une note attestant que le masque a les performances de protection requise. Ce feu vert est en réalité une référence pour le client, et non une homologation à proprement parler - titre qui répond à des procédures beaucoup plus longues.

Sources :

https://www.defense.gouv.fr/dga/actualite/l-expertise-technique-du-ministere-des-armees-au-service-de-la-lutte-contre-le-covid-19

- figaro.fr ; liberation.fr ; challenges.fr

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